
Nicolas Sarkozy n’est ni antisémite, ni l’adepte d’une quelconque vieille droite française chauvine et xénophobe, même s’il rêve de la domestiquer. Il est plus simplement l’imitateur d’une école de pensée bien connue — le néo-conservatisme extrême — aujourd’hui désavouée par plus de la moitié du peuple américain et par ses élites à cause de son désastre politique et économique. Aussi bien adhère-t-il à une vision de la société centrée d’un côté sur l’utilisation policière des communautarismes ethniques et religieux, et, de l’autre, sur la biocratie, laquelle consiste à pervertir les données de la science pour faire croire en l’idée qu’une société pourrait être entièrement nettoyée de ses éléments indésirables : l’alliance du gourdin et de la belle âme.
Nicolas Sarkozy s’étonne toujours de l’image que la société lui renvoie de lui-même : “On me dit que je fais peur, dit-il, on me prend pour un monstre”. Assurément, il ne l’est pas. Aurait-il peur, cependant, de l’idée que la peur qu’il croit susciter chez autrui soit à ce point ancrée dans ses gènes qu’il ne saurait comment y remédier ?
Alors, vous allez vraiment faire ça ?
Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres, vous les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous allez faire ça ? Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs du cuir, vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui?
Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ?
Vous, les vrais de vrais de la gauche vraie, vous allez faire ça ? Pour cinq ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?
Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés, les lave plus blancs que blanc vous allez faire ça ?
Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons hauts? Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles? Parce que vraie ?
Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle, rien ? Pas cinquante propositions sur les cent ? Pas vingt ? Pas dix ? Pas une ? Vraiment, rien du tout ?
Trop de quoi ? Pas assez de quoi?
Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à gauche toute ?
Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?
Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007, mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est plus chic.
Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il leur ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que ceux qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures vies, que ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal. C’est même estimable.
Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy, pas tous d’ailleurs, loin s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a vu si nombreux, si heureux, à Bercy dimanche, qu’ils votent pour leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins estimable, mais quoi de plus normal?
Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment rien? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ?
Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de la droite dure ?
Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez pas ?
Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi êtes-vous secrètement solidaires. Ce ne peut-être que du bien de ceux qui ont besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.
Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une seule. La vôtre.
Je vous en supplie.
Comme vous l'avez sans doute remarqué, notre blog subit depuis quelques temps quelque chose qui ressemblerait presque, oserais-je le dire, à de la censure. Petite hypokhagneuse innocente et bien intentionnée, j'avais choisi le mot de passe le plus évident possible, loin de penser que quelqu'un aurait un jour quelque intérêt à s'inviter. Je m'étais trompée. Matthieu nous a devancées dans son initiative de changer de mot de passe, que je vous enverrai à vos adresses e-mail dès que j'aurai fini cet article. Le problème premier serait que le nom de nos profs apparaissent en toutes lettres, puisque notre blog est maintenant sur google. Donc, plus de nom entier, je pense qu'on saura se faire comprendre quand même. Nous sommes tous assez responsables pour modérer raisonnablement nos propos, je me passerai de commentaire là-dessus. Je vous encourage de plus à toujours garder sur votre ordinateur une copie de ce que vous écrivez, afin de pouvoir le re-publier si besoin est.
Si quelqu'un a une demande ou une critique quelconque à faire, nous, déléguées, nous portons responsables de ce blog, la censure anonyme ne nous semblant pas la solution la plus démocratique aux désaccords potentiels.
Amicalement.
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